Il attend. Il a l'impression d'avoir fait ainsi toute sa vie. C'est peut-être pour lui le verbe qui le résume le mieux ; mais en réalité ça ne le dérange pas. Un verbe, une vie...
Alors, il attend, il l'attend.
La personne qu'il attend ne viendra peut-être pas tout de suite, mais il est seul et il a promis de patienter jusqu'au bout ; il s'est promis de patienter jusqu'au bout.
Et puis, il se dit : "et si quelqu'un m'attendais ?" Cette idée le dérange, qui l'attend ? Quelqu'un probablement.
Alors il attend l'autre, car il ne sais pas par qui il est attendu.
Et autour de lui, ça bouge et ça vit, mais pas pour lui. Aucun de ceux-là ne l'attend, il n'attend aucun de ceux-là. Ces gens sont indifférents à son cas, et l'indifférence le tue.
Il est seul. Il voudrais qu'on l'aime ou qu'on le haïsse ; qu'on se mette à lui crier dessus plutôt que de l'ignorer. Oui, il préferais la haine à l'indifférence. Mais les gens indifférents s'en foutent.
L'autre n'est toujours pas là, mais lui, il attend, toujours seul. Aucun des passant ne s'arrête, sûrement sont-ils attendus. Est-il le seul à attendre ? Il n'en sais rien il ne sais qu'une chose : l'autre viendra un jour. Ce jours est peut-être lointain...
... toujours est-il qu'il attend, qu'il l'attend ; noyé pendant ce temps dans une indifférence dont il n'attend rien.


